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Avec le Président Oligui Nguema, même les ngangas des gens là sont dépassés !

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Il faut le dire tout net : au Gabon, une corporation entière traverse une crise existentielle silencieuse. Ce ne sont ni les transporteurs, ni les commerçants, ni même les syndicats. Non. La corporation la plus fragilisée du moment, c’est celle des ngangas. Ces féticheurs autrefois sollicités pour « sécuriser » une nomination, « verrouiller » une élection ou « protéger » un poste bien assis, se retrouvent aujourd’hui dans la posture inconfortable du médecin sans ordonnance : on vient les consulter, mais ils n’ont plus de remède à proposer.

Car voilà le problème. Comment invoquer les ancêtres contre un contrôle inopiné de chantier ? Quelle poudre, quelle décoction, quel rituel nocturne peut immuniser un responsable local contre une visite présidentielle en direct, caméra au poing, où l’on découvre que le pont promis depuis trois ans n’est encore qu’une idée posée sur du papier ? Les grigris n’ont pas été calibrés pour ça. Le cahier des charges ancestral ne prévoyait pas ce genre de menace.

Une nouvelle espèce de danger : le réel

Pendant des décennies, la survie politique au Gabon obéissait à des règles bien identifiées : réseau, allégeance, discrétion, et au besoin, un petit détour nocturne chez le féticheur du coin pour huiler ce que les compétences ne suffisaient pas à garantir. On ne craignait pas d’être vu incompétent. On craignait d’être mal introduit.

Aujourd’hui, changement de paradigme brutal : le danger ne vient plus de l’invisible, il vient du terrain. Il porte un uniforme, il se déplace en convoi, il pose des questions précises, il compare ce qui a été annoncé à ce qui a été réellement fait, et surtout, il n’a pas peur de dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas depuis des années. Résultat : des élus locaux et des responsables qui pensaient avoir sécurisé leur fauteuil pour au moins deux générations découvrent, en direct et devant témoins, que la seule protection qui vaille désormais s’appelle le travail effectivement réalisé.

Les nouvelles insomnies de la République

On raconte, et il faudra un jour faire une étude sociologique sérieuse sur le sujet, que certains responsables ne dorment plus tranquillement. Non pas à cause d’un mauvais sort qu’on leur aurait jeté, mais à cause d’un simple calendrier de visites de chantiers qu’ils ne maîtrisent pas. La peur a changé de nature : elle n’est plus mystique, elle est administrative. Elle ne se soigne plus par la fumée d’un rituel, mais par des rapports d’avancement à jour et des justificatifs de dépenses cohérents.

Certains ont bien tenté d’ajuster leur stratégie de survie : refaire une peinture fraîche sur un mur resté nu depuis un mandat, planter à la hâte quelques arbustes le long d’une route en chantier, briefer les ouvriers pour qu’ils « aient l’air occupés » le jour J. Mais l’époque du décor tient de moins en moins face à l’exigence du résultat. Les caméras filment, les images tournent, et le fossé entre la communication d’hier et la réalité du terrain devient chaque jour plus difficile à maquiller.

La récréation, version illimitée, touche à sa fin

Il y a des générations entières de gestionnaires publics qui avaient grandi avec une conviction tranquille : la fonction, une fois obtenue, est acquise à vie ou presque, indépendamment des résultats. On gérait la chose publique un peu comme on gère un jardin dont on ne s’occupe qu’en photo, pour les visites officielles. Le reste du temps, l’herbe pouvait pousser n’importe comment.

Cette conviction-là est en train de se fissurer sérieusement. Ce qui inquiète le plus ceux qui ont « toujours cru que la récréation durerait encore des siècles », ce n’est pas tant la sanction elle-même — un remplacement, une suspension, une procédure, que le principe nouveau qu’elle installe : celui d’une redevabilité qui ne prévient pas à l’avance et qui ne se négocie pas dans un salon feutré. On ne sait plus quand viendra le prochain contrôle, ni sous quelle forme, ni avec quelle sévérité. Et ça, aucun rituel ancestral n’a jamais su le prédire.

Ténacité contre routine

Ce qui frappe dans cette méthode, au-delà de son aspect spectaculaire, c’est sa régularité. Un coup d’éclat isolé se digère, s’excuse, se contourne. Une pratique répétée, elle, s’installe comme norme. En multipliant les descentes sur le terrain, les comparaisons entre promesses et réalisations, les remises en question publiques, le chef de l’État impose une chose simple mais redoutable pour l’ancien système : la présence continue là où régnait autrefois l’absence tranquille.

Le pragmatisme, ici, ne réside pas dans un discours, mais dans une méthode répétée : vérifier, constater, trancher. Pas de cérémonie, pas de round de négociation informelle, pas de recours à l’intercession d’un tiers bienveillant. Juste le chantier, les chiffres, et la question qui fâche : où est passé l’argent, et où en est le travail ?

Une leçon amère pour les professionnels de l’occulte politique

Il faudra sans doute, tôt ou tard, une reconversion professionnelle pour certains ngangas spécialisés dans la carrière politique. Le marché a changé de nature. On ne demande plus tant à être protégé contre un adversaire qu’à être irréprochable face à un contrôle. Or, l’irréprochabilité ne s’achète pas au marché des amulettes : elle se construit, dossier après dossier, chantier après chantier.

En somme, il se pourrait bien qu’Oligui Nguema soit devenu, sans le vouloir peut-être, le meilleur argument publicitaire contre la magie politique gabonaise : à quoi bon consulter les esprits, quand c’est le réel, sous forme de visite surprise, qui décide désormais de qui reste… et de qui s’en va.

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