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Le Gabon de la peinture n’existe plus…ou disparait peu à peu !

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Le Gabon de la peinture n'existe plus
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Longtemps, dans ce pays, gouverner a rimé avec repeindre. Un ministre annonçait une tournée, et en quarante-huit heures, des villes entières changeaient de visage plus vite qu’un caméléon pris de panique. Les nids de poule disparaissaient sous une couche de bitume de complaisance, les façades décrépites recevaient un badigeon flambant neuf, et les drapeaux surgissaient de nulle part comme des champignons après la pluie. On appelait ça préparer une visite présidentielle. On aurait dû appeler ça organiser une mise en scène.

Le rituel bien huilé de la mise en scène

Le principe était simple et terriblement efficace. Le chef de l’État se déplaçait, quelque chose que tout le monde savait à l’avance grâce aux fuites, aux rumeurs et aux camions de peinture qui traversaient la ville trois jours plus tôt. Les élus locaux, pris d’une soudaine fièvre d’amour du travail bien fait, mobilisaient des équipes entières pour transformer le décor. On repeignait les murs des écoles qui n’avaient plus de toit. On refaisait la chaussée sur cinq cents mètres, pile la portion que le cortège allait emprunter, et pas un mètre de plus. On accrochait des banderoles de bienvenue sur des bâtiments qui menaçaient de s’effondrer sous leur propre poids administratif. Le président arrivait, souriait, complimentait le dynamisme de la région, puis repartait. Et la peinture, elle, commençait déjà à s’écailler avant même que le convoi n’ait quitté la ville.

Cette comédie a duré des décennies. Elle reposait sur un pari cynique mais lucide, celui que le pouvoir ne voit que ce qu’on veut bien lui montrer. Un peu comme offrir un bouquet de fleurs en plastique à quelqu’un qui n’a pas le temps de vérifier si elles sentent quelque chose. Le résultat, on le connaît. Des routes qui n’existaient que sur l’axe présidentiel, des hôpitaux flambant neufs en façade et vides de médicaments à l’intérieur, des écoles repeintes mais sans professeurs. Le pays vivait dans deux réalités parallèles, celle qu’on montrait au chef et celle que vivait tout le monde le lendemain, une fois les pinceaux rangés.

Le théâtre perd son metteur en scène

Aujourd’hui, ce petit théâtre semble avoir perdu son metteur en scène. Le nouveau président a pris la fâcheuse habitude, pour les fonctionnaires en tout cas, de débarquer sans prévenir. Pas de communiqué la veille, pas de convoi annoncé, pas de temps pour sortir les rouleaux de peinture. Il pousse une porte de ministère un matin ordinaire et découvre ce que tous les Gabonais savaient déjà sans jamais oser le dire tout haut, à savoir des bureaux vides, des registres de présence qui ressemblent à des œuvres de fiction, et une administration qui semble fonctionner surtout par intermittence. Les chiffres qui circulent donnent le vertige, quelques dizaines d’agents présents sur plusieurs centaines inscrits. On croirait un jeu de cache-cache, sauf que personne ne s’amuse vraiment quand c’est le contribuable qui paie les salaires des absents.

Voir par soi-même, enfin

Ce qui change, et c’est là que la chose devient presque drôle si on y réfléchit bien, c’est que le pouvoir ne se contente plus des rapports rédigés par ceux-là mêmes qui auraient tout intérêt à enjoliver la réalité. Fini le temps où l’on demandait au renard de compter les poules. Le chef de l’État sort, regarde, constate, et surtout retient les noms. Les sanctions tombent, les licenciements suivent, et les chantiers qui traînaient depuis des années reçoivent soudain des délais fermes, gravés dans le calendrier plutôt que dans le sable. On l’a vu avec les travaux autour de la mémoire nationale, sommés d’être achevés pour une date symbolique, celle de l’indépendance, comme un rappel que les promesses ont désormais une échéance et pas seulement une intention.

Il y a quelque chose de presque cruel, dans le bon sens du terme, à observer des cadres pris en flagrant délit d’absence un mardi matin comme un autre. Cruel pour eux, salutaire pour le pays. Car cette peinture d’antan ne trompait finalement qu’une seule personne, celle tout en haut, pendant que tout le reste de la population continuait de rouler sur les mêmes routes trouées et de fréquenter les mêmes bâtiments décrépits, sans jamais bénéficier du petit miracle cosmétique réservé aux caméras officielles. Le mensonge organisé avait un public restreint et une durée de vie extrêmement courte, celle d’une visite protocolaire.

Un pays qui apprend à se regarder

Ce qui se dessine maintenant ressemble à un pays qui apprend, doucement mais sûrement, à se regarder sans filtre. Ce n’est pas confortable pour tout le monde, certainement pas pour ceux qui avaient bâti leur carrière sur l’art de paraître plutôt que sur celui de faire. Mais un pays qui accepte de voir ses failles est un pays qui a une chance réelle de les corriger. On ne soigne pas une plaie qu’on continue de camoufler sous du fond de teint administratif.

Reste à transformer l’essai

Il reste évidemment du chemin. Une visite surprise ne répare pas à elle seule des décennies d’improvisation institutionnelle, et il faudra bien plus que quelques sanctions exemplaires pour transformer durablement les réflexes d’un système entier. Mais le simple fait que l’inspection remplace désormais la mise en scène change la nature du rapport entre gouvernants et gouvernés. On ne prépare plus le décor, on prépare le travail. Et pour une fois, ce sont les résultats qu’on attend de voir sur le terrain, pas des façades qui brillent le temps d’un après-midi avant de retourner à leur grisaille habituelle.

Le Gabon de la peinture s’en va, doucement, une visite surprise après l’autre. Reste à savoir combien de temps il faudra pour que les murs, eux aussi, arrêtent d’avoir besoin de mentir.

Lite aussi ce sujet intéressant: Le Gabon profond, otage de ses propres élites

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