Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement,
C’est avec le respect dû à votre fonction, mais aussi avec la franchise d’un citoyen gabonais profondément attaché à son pays, que je me permets de vous adresser ces réflexions. Elles ne sont ni un réquisitoire ni une remise en cause de votre légitimité, mais l’expression sincère des questionnements qui habitent aujourd’hui de nombreux Gabonais qui, comme moi, ont cru au changement promis le 30 août 2023.
L’espoir d’une rupture
Lorsque vous avez pris les rênes du pays, une immense vague d’espoir a déferlé sur le Gabon. Après des décennies d’un système qui avait fini par épuiser la patience et la confiance du peuple, nous avons cru à la promesse d’une restauration : restauration des institutions, restauration de la dignité gabonaise, restauration de l’espoir d’un avenir meilleur pour nos enfants. Nous avons voté pour un pragmatisme militaire, celui de l’action, de la rigueur, de l’efficacité, et non pour un simple recyclage des vieilles pratiques politiques.
Vous avez parlé de construire des routes, des hôpitaux, des écoles. Vous avez évoqué la nécessité de mobiliser des ressources pour accomplir ces projets nationaux essentiels. Sur le principe, personne ne conteste cette vision. Le Gabon a effectivement besoin d’infrastructures modernes, d’un système de santé performant, d’une éducation de qualité. Mais Monsieur le Président, permettez-moi de vous poser cette question qui hante l’esprit de nombreux compatriotes : avons-nous vraiment besoin de chercher de l’argent ailleurs quand nous laissons tant d’argent s’évaporer sous nos yeux ?
La question de la cohérence
Comment peut-on, d’une main, solliciter des financements pour le développement national et, de l’autre, fermer les yeux sur les pratiques qui dilapident les ressources du pays ? Cette interrogation n’est pas une accusation gratuite, mais le constat amer d’une réalité que vivent quotidiennement les Gabonais.
Les détournements de fonds continuent. Les voyages aux frais du contribuable se multiplient sans que leur utilité soit toujours évidente. Les augmentations de salaires profitent principalement à ceux qui sont déjà les mieux payés, tandis que le Gabonais moyen peine à joindre les deux bouts. Dans le secteur de l’éducation, les examens de fin d’année sont devenus, pour certains, une véritable manne financière, au point que des personnes totalement étrangères à l’administration des examens parviennent à en tirer profit de manière scandaleuse.
Pire encore, les audits sont lancés en grande pompe, suscitant l’espoir d’une reddition de comptes tant attendue, mais leurs résultats ne sont jamais rendus publics. Où sont passées les conclusions de ces investigations ? Quelles mesures ont été prises contre les responsables identifiés ? Le silence qui entoure ces questions est assourdissant et alimente le sentiment que rien n’a véritablement changé.
Le pragmatisme militaire que nous attendons
Monsieur le Président, nous avons voté pour le pragmatisme militaire, pas pour le pragmatisme politique. La différence est fondamentale. Le pragmatisme militaire, c’est l’efficacité, la discipline, l’absence de compromis avec les pratiques douteuses. C’est la capacité de prendre des décisions difficiles, de sanctionner les manquements, de rompre avec les habitudes du passé. Le pragmatisme politique, en revanche, c’est souvent l’art du compromis, de l’arrangement, de la complaisance.
Or, ce que nous observons aujourd’hui ressemble davantage au second qu’au premier. Personne n’est arrêté. Personne n’est inquiété. Les pratiques que nous pensions révolues se poursuivent comme si le 30 août 2023 n’avait jamais eu lieu. Cette impression est démoralisante pour ceux qui ont cru au changement.
Le peuple gabonais ne demande pas la perfection – nous savons que la transformation d’un pays prend du temps. Mais il demande des signaux forts, des actes concrets qui montrent que la rupture promise n’était pas qu’un slogan. Il demande que ceux qui puisent sans vergogne dans les caisses de l’État soient effectivement sanctionnés, que la transparence devienne la norme et non l’exception, que l’intérêt général prime sur les intérêts particuliers.
Avons-nous vraiment changé de régime ?
Cette question peut sembler provocante, mais elle mérite d’être posée avec respect et sincérité. Un changement de régime ne se mesure pas seulement aux visages qui occupent les postes de responsabilité, mais aux pratiques qui gouvernent la gestion de la chose publique. Si les méthodes restent les mêmes, si les comportements ne changent pas, si l’impunité persiste, alors qu’avons-nous réellement changé ?
Le Gabon a besoin de routes, certes, mais il a d’abord besoin que l’argent destiné à ces routes ne soit pas détourné en chemin. Il a besoin d’hôpitaux, mais il a d’abord besoin que les budgets alloués à la santé soient utilisés à bon escient et non dispersés dans des dépenses somptuaires. Il a besoin d’écoles, mais il a d’abord besoin que le système éducatif soit débarrassé des pratiques mafieuses qui le gangrènent.
En vérité, Monsieur le Président, nous n’avons peut-être pas besoin de chercher autant d’argent à l’extérieur si nous parvenons à préserver et à optimiser les ressources dont nous disposons déjà. L’économie réalisée en mettant fin aux gaspillages et aux détournements pourrait financer une part significative des projets de développement dont le Gabon a besoin.
Un appel à la cohérence et à l’action
Monsieur le Président, nous avons confiance en vous. Cette confiance n’est pas aveugle, mais elle est réelle. Nous croyons en votre capacité à rattraper le retard politique, économique, social et infrastructurel du Gabon. Nous croyons en votre volonté de restaurer la dignité de notre nation. Mais cette confiance a besoin d’être nourrie par des actes concrets.
Nous vous demandons respectueusement de faire preuve de la rigueur que vous incarnez. Nous vous demandons de mettre fin à l’impunité qui ronge notre pays. Nous vous demandons de rendre publics les résultats des audits et de sanctionner les coupables, quel que soit leur rang. Nous vous demandons de rationaliser les dépenses publiques et de montrer l’exemple en matière de sobriété. Nous vous demandons, enfin, de nous permettre de croire que le 30 août 2023 n’était pas une simple page qui se tourne, mais bel et bien le début d’une nouvelle histoire pour le Gabon.
Conclusion
Ces questions, Monsieur le Président, ne sont pas celles d’un opposant, mais celles d’un patriote qui refuse de voir son pays continuer à tourner en rond. Elles sont posées avec respect, mais aussi avec la fermeté que commande l’amour de la patrie. Le Gabon mérite mieux que la reproduction des erreurs du passé. Nous méritons tous mieux.
Nous attendons de vous, non pas des promesses supplémentaires, mais des actions concrètes qui confirmeront que le changement est réel et irréversible. Le peuple gabonais est patient, mais il est aussi lucide. Il observe, il juge, et il attend.
Que Dieu bénisse le Gabon et guide vos pas sur le chemin du véritable changement.
Un citoyen gabonais respectueux mais déterminé



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