Dans l’histoire politique du Gabon, un schéma récurrent se dessine : celui de l’emprise des émotions sur la raison dans les choix cruciaux qui engagent l’avenir de la nation. Ce phénomène, profondément ancré dans notre culture politique, mérite aujourd’hui une analyse critique alors que notre pays s’engage sur la voie d’une transformation fondamentale.
𝐋𝐞 𝐩𝐢𝐞̀𝐠𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐞́𝐥𝐨𝐪𝐮𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐞𝐭 𝐝𝐞𝐬 𝐥𝐢𝐞𝐧𝐬 𝐭𝐫𝐢𝐛𝐚𝐮𝐱
Traditionnellement, le choix des dirigeants au Gabon s’est souvent basé sur des critères émotionnels plutôt que rationnels. Deux facteurs principaux alimentent cette tendance : l’appartenance familiale ou ethnique, et la maîtrise de l’art oratoire. Cette approche a conduit à des situations où des individus aux antécédents douteux, voire criminels, parviennent à reconquérir la confiance populaire grâce à de simples déclarations de repentance bien orchestrées.
𝐋𝐚 𝐦𝐞́𝐦𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐬𝐞́𝐥𝐞𝐜𝐭𝐢𝐯𝐞 : 𝐮𝐧 𝐝𝐚𝐧𝐠𝐞𝐫 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐝𝐞́𝐦𝐨𝐜𝐫𝐚𝐭𝐢𝐞
Il est frappant de constater comment la société gabonaise peut rapidement basculer du rejet total d’un individu considéré comme « pire que Satan » à son élévation au rang de « nouveau messie », simplement sur la base d’un discours médiatique bien construit. Cette volatilité émotionnelle représente un danger réel pour l’établissement d’une démocratie saine et durable.
𝐋’𝐢𝐦𝐩𝐞́𝐫𝐚𝐭𝐢𝐟 𝐝𝐮 𝐣𝐮𝐠𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥
Le nouveau citoyen gabonais doit développer une approche plus analytique et rationnelle dans ses choix politiques. Cette transformation nécessite :
-Une évaluation basée sur les actes
Le passé d’un individu, ses actions concrètes et leurs conséquences doivent primer sur ses déclarations d’intention ou sa rhétorique. Les promesses et les discours doivent être systématiquement confrontés aux actes passés.
-Une mémoire active
La société doit cultiver une mémoire collective active qui ne cède pas à la tentation de l’oubli facile. Les exactions, les détournements, les mensonges ne peuvent être effacés par de simples excuses publiques.
-Un processus décisionnel raisonné
Les choix politiques doivent reposer sur une analyse approfondie des programmes, des compétences avérées et des résultats tangibles plutôt que sur des affiliations tribales ou des performances oratoires.
𝐕𝐞𝐫𝐬 𝐮𝐧 𝐧𝐨𝐮𝐯𝐞𝐚𝐮 𝐦𝐨𝐝𝐞̀𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐜𝐢𝐭𝐨𝐲𝐞𝐧𝐧𝐞𝐭𝐞́
Le Gabon nouveau appelle l’émergence d’un citoyen nouveau, capable de :
-Résister aux manipulations émotionnelles
-Maintenir un regard critique constant
-Évaluer objectivement les parcours et les compétences
-Privilégier l’intérêt national sur les considérations personnelles ou tribales
𝐂𝐨𝐧𝐜𝐥𝐮𝐬𝐢𝐨𝐧
La transformation du Gabon passe inévitablement par une révolution des mentalités. Le citoyen gabonais de demain doit être un individu raisonné, capable de faire la part des choses entre l’émotion et la raison, entre la rhétorique et les actes concrets. C’est à ce prix que notre pays pourra véritablement s’engager sur la voie du développement et de la maturité politique.
Le temps est venu de juger nos dirigeants sur leurs actes et non sur leurs paroles, sur leur bilan et non sur leurs promesses, sur leur intégrité et non sur leur charisme. C’est ainsi que nous construirons un Gabon plus fort, plus juste et plus prospère.



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