Ce samedi 3 mai 2025 à 15h14 précises (heure de Libreville), le général Brice Clotaire Oligui Nguema a officiellement prêté serment comme Président de la République gabonaise lors d’une cérémonie solennelle au stade d’Angondjé, au nord de Libreville. Cet événement historique marque la fin officielle de la période de transition politique ouverte en août 2023, après le coup d’État qui avait renversé Ali Bongo Ondimba.
Pour la première fois dans l’histoire du Gabon, une investiture présidentielle s’est déroulée devant plusieurs milliers de citoyens gabonais, symbolisant une volonté d’ouverture et de transparence du nouveau régime. La cérémonie, d’une ampleur sans précédent, témoigne du soutien populaire dont jouit le nouveau président, élu le 12 avril dernier avec plus de 94% des suffrages.
Une présence internationale remarquée
La cérémonie d’investiture a rassemblé de nombreux chefs d’État africains qui ont fait le déplacement pour témoigner leur soutien au nouveau président gabonais. Parmi les personnalités présentes figuraient les présidents de la Guinée, de la Gambie, du Sénégal, de Djibouti et de la Guinée équatoriale. Les présidents de la République Démocratique du Congo et du Rwanda étaient également attendus. La France, ancienne puissance coloniale, était représentée par Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l’Europe.
L’événement s’est déroulé selon un protocole strict, comprenant la prestation de serment, suivie d’un discours présidentiel dans lequel Oligui Nguema a réaffirmé ses engagements pour le développement du pays. Un imposant défilé militaire a ensuite eu lieu, suivi de performances artistiques mettant en valeur la richesse culturelle gabonaise. Pour clôturer cette journée historique, un grand « concert de victoire » est prévu sur le front de mer de Libreville en soirée.
De putschiste à président élu : un parcours atypique
Le parcours de Brice Oligui Nguema est pour le moins singulier. Ancien général de la Garde républicaine, il s’était emparé du pouvoir le 30 août 2023 à la suite d’un coup d’État militaire contre Ali Bongo Ondimba, mettant ainsi fin à 55 ans de règne dynastique de la famille Bongo sur le Gabon. Ce renversement était survenu quelques instants après l’annonce de la réélection contestée d’Ali Bongo pour un troisième mandat.
Durant les 19 mois de transition politique qu’il a dirigés, Oligui Nguema s’est forgé une image de « bâtisseur », multipliant les initiatives et les chantiers de développement. Il a également fait de la lutte contre la corruption l’un des axes majeurs de son action, promettant de rompre avec les pratiques du régime précédent et d’instaurer une gouvernance plus transparente.
Sa candidature à l’élection présidentielle d’avril 2025, bien que critiquée par certains observateurs internationaux qui y voyaient une légitimation a posteriori du coup d’État, a été largement plébiscitée par les Gabonais. Avec plus de 94% des voix obtenues, Oligui Nguema dispose désormais d’une légitimité électorale qui vient s’ajouter à sa légitimité « révolutionnaire ».
Les défis immenses d’un pays riche mais inégalitaire
Si cette investiture marque officiellement le début d’une nouvelle ère politique pour le Gabon, les défis socio-économiques auxquels doit faire face le nouveau président restent colossaux. Malgré ses importantes ressources naturelles, notamment pétrolières, le Gabon souffre de nombreux maux structurels:
- Un taux de chômage des jeunes avoisinant les 40%, qui alimente frustration et désillusion;
- Un réseau électrique défaillant occasionnant de fréquentes coupures de courant, y compris dans la capitale;
- Des infrastructures routières fortement dégradées qui entravent le développement économique des régions;
- Une dette publique préoccupante qui pourrait atteindre 80% du PIB en 2025, limitant considérablement la marge de manœuvre budgétaire du gouvernement.
Dans son discours d’investiture, le président Oligui Nguema a évoqué ces défis et a réitéré sa détermination à transformer profondément l’économie gabonaise, en favorisant la diversification économique et en attirant les investissements étrangers. Il a également insisté sur la nécessité de redistribuer plus équitablement les richesses du pays, afin que tous les Gabonais puissent bénéficier des ressources nationales.
Une page qui se tourne dans l’histoire gabonaise
Cette investiture marque symboliquement la fin définitive de l’ère Bongo au Gabon. Omar Bongo avait dirigé le pays de 1967 à 2009, avant d’être remplacé par son fils Ali, qui a gouverné jusqu’à son renversement en 2023. Avec l’arrivée au pouvoir d’Oligui Nguema par les urnes, c’est une nouvelle page de l’histoire gabonaise qui s’écrit.
Les Gabonais, qui ont massivement soutenu le nouveau président, nourrissent de grands espoirs de changement et d’amélioration de leurs conditions de vie. L’avenir dira si le président Oligui Nguema saura être à la hauteur de ces attentes et s’il parviendra à transformer durablement un pays aux potentialités immenses mais aux inégalités persistantes.
Les premiers mois de cette présidence seront scrutés avec attention, tant par la population gabonaise que par la communauté internationale, pour évaluer la réalité des changements promis et la capacité du nouveau régime à instaurer une gouvernance plus juste et plus efficace.



Rédiger un commentaires